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12/12/2006
Evariste Lefeuvre (Ixis CIB) "Le cycle mondial ne dépend plus seulement de l'économie américaine"
Dopée par la croissance asiatique, l'économie mondiale ne devrait pas être handicapée par les difficultés américaines. Les explications de l'économiste Evariste Lefeuvre.
Avec le retournement du marché immobilier américain et la flambée de l'euro, les derniers mois de l'année 2006 ont suscité des inquiétudes sur la poursuite de la croissance mondiale en 2007. L'éclairage et les prévisions d'Evariste Lefeuvre, économiste chez Ixis CIB.
Quel bilan dressez-vous de l'année 2006 au niveau mondial ?
Evariste Lefeuvre. L'année 2006 nous a montré que l'on vit dans un monde où l'inflation ne contitue pas un grand danger. Mis à part dans le domaine de l'énergie, les prix sont restés à un niveau bien inférieurs à ceux observés durant les décennies précédentes.
2006, c'est également l'année du ralentissement américain et de la matérialisation du risque immobilier outre-Atlantique.
Enfin, l'année a fait apparaître une divergence au niveau du cycle économique, avec une croissance américaine qui ralentit et une zone euro qui prend le relais. Il apparaît de plus en plus clairement que le cycle mondial ne dépend plus seulement de l'économie américaine.
Au final, pour la troisième année consécutive, la croissance a été
très robuste. Les déséquilibres globaux comme le déficit courant américain, sans se réduire, ne se sont pas non plus dégradés.
Quelles sont vos perspectives pour 2007 ?
On devrait assister à un ralentissement de l'économie mondiale mais tout en restant dans la continuité de 2006. Il n'y aura pas de rupture des grands équilibres mais plutôt une décélaration un peu partout, aux Etats-Unis et dans la zone euro. Chez Ixis CIB nous prévoyons une progression du PIB mondial de 4,7 % en 2007, contre 5,6 % cette année. La croissance américaine devrait être faible en début d'année puis rebondir, tandis que celle dans la zone euro devrait être plus limitée que prévu.

Nous ne sommes pas alarmistes sur le ralentissement américain."
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Le ralentissement américain vous inquiète-t-il ?
Les différentes prévisions font état d'une croissance autour de 2,5 % l'an prochain. L'économie américaine a déjà beaucoup crû ces dernières années et se trouve au-dessus de ses capacités de production. Le risque inflationniste qui en résulte va devoir s'estomper. On peut donc penser que la banque centrale américaine ne s'empressera pas de baisser ses taux d'intérêt, malgré le ralentissement attendu de la croissance.
De plus, ce retournement est surtout la conséquence d'un choc d'offre et non de demande. Les difficultés du secteur de l'immobilier, tout particulièrement, ne sont pas dues à une volonté des ménages de ne plus acheter, mais au fait qu'il y a trop de maisons disponibles sur le marché. Une politique de baisse des taux d'intérêt ne changera donc pas la donne. La consommation en biens durables et l'emploi dans le secteur de l'immobilier vont se contracter. Mais globalement, les revenus des ménages devraient correctement croître et la demande des ménages ne devrait pas pâtir de cette situation sur l'immobilier. Nous ne sommes donc pas alarmistes sur le ralentissement américain.
La fin de l'année 2006 a été marquée par la chute du dollar. Pensez-vous qu'elle va se poursuivre en 2007 ?
La chute du dollar depuis quelques semaines a été perçue comme brutale car elle constituait une rupture par rapport à la tendance. Elle est néanmoins restée limitée, autour de 4 %. Dans ce contexte, on peut se demander si 2007 sera l'année de l'effondrement du dollar. Je ne pense pas. En effet, le déficit courant américain, qui pousse le dollar à la baisse depuis plusieurs années, devrait s'améliorer, de même que la situation budgétaire outre-Atlantique. En fait, il s'agit surtout de la conséquence des politiques monétaires des pays en risque de surchauffe : en augmentant leur taux d'intérêt, ils poussent leur monnaie à la hausse. Enfin, la Chine, et l'Asie en général, vont continuer de soutenir le dollar (voir article).

La Chine, qui réalise 20 à 25 % du PIB mondial à parité de pouvoir d'achat, sera un bon moteur de la croissance économique mondiale."
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La zone euro va-t-elle résister au ralentissement américain et à la hausse de l'euro ?
La BCE s'est montrée très optimiste sur la croissance pour 2007 puisqu'elle avance une fourchette allant de 1,7 à 2,7 %, soit une moyenne autour de 2,3 %. Plusieurs risques pèsent pourtant sur la croissance européenne : l'impact de la hausse de la TVA allemande sur la consommation, la réaction au ralentissement de la croissance mondiale et les resserrements budgétaires en Italie et en Allemagne. De plus, l'emploi en zone euro devrait progresser moins vite qu'en 2006 et la masse salariale ne devrait pas suffisamment augmenter pour permettre à la croissance d'être supérieure à 2 %. Je ne pense donc pas que la BCE relève encore beaucoup les taux directeurs : elle devrait s'arrêter après une nouvelle hausse d'un quart de point en mars. Ainsi, cette politique ne devrait pas décaler de manière permanente la parité euro-dollar de sa tendance.
Quelle partie du monde va alors tirer la croissance ?
La zone Asie va bien s'en sortir. Au Japon, si le commerce extérieur risque de se contracter, les entreprises sont en revanche en bonne santé et le marché de l'emploi confirme son redémarrage. Nous tablons sur une croissance de 1,5 à 2 %, ce qui est beaucoup dans un pays dont la population décroît.
La Chine, surtout, continuera d'enregistrer un
très bon rythme de croissance, entre 9,5 et 10 %. Ses exportations vont progresser et elle va continuer d'accumuler les capitaux. Quant aux mesures gouvernementales pour limiter les investissements dans certaines zones, elles vont rester faibles. La Chine, qui réalise 20 à 25 % du PIB mondial à parité de pouvoir d'achat, sera ainsi un bon moteur de la croissance économique mondiale.
Quels indicateurs va-t-il falloir observer avec plus d'attention ?
Le marché de l'emploi devra être surveillé de près, dans la zone euro comme aux Etats-Unis, car il indiquera la robustesse et l'ampleur de la reprise économique. Il faudra également s'intéresser à la confiance des entreprises et leur comportement en termes d'investissements. Enfin, si le choc dans l'immobilier a été pour l'instant
bien contenu, il faudra continuer de surveiller l'évolution des prix.
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