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ECONOMIE
 
12/12/2006

Eric Vergnaud (BNP Paribas)
"Une décélération de la croissance s'annonce en Europe"

Baisse de la croissance américaine, hausse des taux d'intérêt, le prévisionniste économique revient sur les facteurs qui vont peser sur la croissance européenne en 2007. Certains pays font toutefois exception à la règle.
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Europe : les prévisions

Eric Vergnaud, responsable des prévisions économiques à la direction des études économiques de BNP Paribas, est plus pessimiste que nombre d'analystes et notamment l'OCDE (voir le tableau chiffré) sur l'évolution de la croissance en 2007. L'Europe, touchée par le déclin de la croissance américaine, devrait connaître une forte décélération de la progression de son PIB.


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Analyse d'E. Heyer
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Analyse d'E. Vergnaud
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Analyse d'E. Lefeuvre
Est-ce que les principales tendances pour 2007 s'inscrivent dans la continuité de 2006 ?
Eric Vergnaud. 2006 a été une année de forte reprise économique. En moyenne sur la zone euro, la croissance va dépasser les 2,5 %, soit la meilleure performance depuis 2000. L'année a été marquée par la reprise du marché du travail, notamment en Allemagne et en France. Cette dynamique a été plus forte au premier semestre qu'au deuxième semestre. Une décélération de la croissance s'annonce donc pour 2007. Nous sommes un peu plus pessimistes que d'autres analystes et nous attendons un taux de croissance inférieur à 2 % au sein de la zone euro. L'investissement sera le moteur principal de cette croissance, soutenu par la forte profitabilité des entreprises.

2006 a aussi été une année positive en termes de finances publiques avec une volonté d'assainissement, notamment en Italie. Les chiffres sont au rendez-vous avec des déficits budgétaires allemand et français au-dessous des 3 % du PIB (2,6 % pour la France, après 2,9 % en 2005), ce qui tranche avec les dérives des années précédentes.

La politique de hausse des taux de la BCE a aussi été le centre de toutes les attentions, mais elle devrait connaître une pause en 2007. Le ralentissement de l'économie américaine (qui conduira la Fed à baisser nettement ses taux), la hausse de l'euro et le relèvement de 3 points du taux normal de TVA en Allemagne devraient freiner la BCE et peut-être même l'inciter à rabaisser ses taux. Toutefois, une dernière hausse du refi au début de 2007 ne peut être totalement exclue.

Dans quels pays la croissance sera-t-elle la plus forte en 2007 ?

La situation est relativement hétérogène. En Allemagne, la croissance sera légèrement supérieure à 1,5 % (après plus de 2,5 % en 2006), la demande intérieure étant handicapée par la hausse de la TVA. En Italie, la croissance sera affectée par l'effort de consolidation budgétaire, passant de 1,8 % de croissance à seulement 1 %. L'Espagne restera dynamique.


L'Irlande possède un modèle de croissance très spécifique."

Quant aux pays récemment entrés dans l'Union européenne, ils sont toujours en "phase de rattrapage", ce qui explique leur taux de croissance supérieur à la moyenne. Toutefois, le contexte de ralentissement généralisé va peser sur l'ensemble de la zone, au travers des exportations. La Pologne affichera toutefois une croissance de 4 %, soutenue par la consommation des ménages. La Hongrie perd 1,6 point de croissance du fait de sa demande intérieure, touchée par les restrictions budgétaires menées dans le pays, et du ralentissement des importations de la zone euro.
Un scénario que l'on retrouve en Europe centrale avec une croissance qui reste élevée mais moindre par rapport à 2006. La République Tchèque conserve un fort taux de croissance, stimulée par une politique budgétaire expansionniste qui risque de créer des tensions inflationnistes.

Les prévisions pour l'Irlande dépassent largement celles des autres pays de la zone euro, pourquoi ?
L'Irlande possède un modèle de croissance très spécifique et connaît effectivement une croissance largement supérieure à la moyenne. La consommation des ménages y est très forte et profite de l'arrivée à terme d'un certain nombre de fonds de pension. Une autre raison de ce dynamisme réside dans des taux d'intérêt réels très faibles. L'inflation est à 2,6 % contre 1,8 % en Allemagne, ce qui favorise l'accès au crédit notamment immobilier. Le pays a également su profiter de son intégration dans l'Europe en mettant à profit les fonds structurels et en attirant les investissements étrangers. Il reste toutefois des difficultés structurelles à combler telles que le manque d'infrastructures.

La balance commerciale de la France est déficitaire depuis 2005, est-ce une tendance de long terme ?
C'est difficile à dire mais cela reflète les difficultés de la France sur les marchés extérieurs. Son portefeuille d'exportations est en effet insuffisamment orienté vers les marchés les plus dynamiques et ses activités à l'exportation sont très spécialisées en matière de produits. Par exemple, dans le secteur des hautes technologies, la France est à la pointe en aéronautique mais offre une moindre diversité que l'Allemagne par exemple.

Quels sont les indicateurs qu'il faudra surveiller de près en 2007 ?
Ce qui va être décisif pour l'année à venir, ce sont la confiance des entrepreneurs et le comportement du marché de l'emploi américain et européen. Il faudra bien sûr également surveiller les indices de prix, importants pour les banques centrales.

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