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CARRIERE
 
20/09/2006

Marie-Christine Caubet (Renault)
"J'admire les gens qui font changer les entreprises"

C'est est une des rares Françaises à figurer dans la liste des 50 femmes d'affaires les plus influentes au monde du magazine américain Fortune. Rencontre avec Marie-Christine Caubet, directrice commerciale Europe du groupe Renault.
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Marie-Christine Caubet
En 2005, alors même que Louis Schweitzer passe le témoin à Carlos Ghosn, Marie-Christine Caubet est promue directrice commerciale Europe du groupe Renault. La benjamine d'une famille d'entrepreneurs - une soeur architecte et un frère ancien PDG du Club Med et d'Eurodisney (lire l'interview de Philippe Bourguignon) - s'est hissée cette année-là parmi les 50 femmes d'affaires les plus importantes au monde selon le magazine américain Fortune. Souriante, Marie-Christine Caubet nous a accueilli dans son bureau, sobre, où seuls, dans une étagère vitrée, quelques modèles réduits rappellent que l'on se trouve au siège du numéro un français de l'automobile. Rencontre.


Vous avez débuté votre carrière en tant qu'analyste financière chez Renault, pour aujourd'hui occuper le poste de directrice commerciale Europe. Comment en êtes-vous arrivée là ?
Marie-Christine Caubet. J'ai commencé ma carrière chez Renault dans un poste en finance. Je sortais en effet d'un stage dans le milieu bancaire. Même si j'étais déjà attirée par le commerce international, cette approche financière m'offrait une meilleure compréhension économique du secteur automobile. Finalement j'ai fait de l'analyse financière pendant huit ans.


Je veux des gens qui ont envie d'apporter quelque chose à l'entreprise"

Comment s'est amorcé le virage vers la fonction commerciale ?
En 1979, je me suis tournée vers une fonction marketing en prenant le poste de responsable prévisions sur un périmètre européen. Je retrouvais là l'univers du produit et de la négociation, notamment avec les filiales et les importateurs. Je trouvais là véritablement ma voie. J'ai ensuite proposé, au regard de mon parcours financier et marketing, d'améliorer la rentabilité des produits. Dès lors j'ai abordé le management différencié, avec des métiers et profils variés. En 1990, j'ai pris la direction régionale de Renault Ile-de-France où j'ai proposé une réorganisation commerciale au niveau national pour obtenir une meilleure efficacité et faire baisser les coûts. Une mission particulièrement sensible mais qui s'est déroulée avec succès. Le projet concernait 11.000 personnes et 90 sites. Une grève aurait été très lourde de conséquences, le chiffre d'affaires France participant à hauteur de 30 % dans les résultats du groupe.

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans votre fonction actuelle ?
J'aime aller sur le terrain avec les directeurs de filiales, voir un concessionnaire et vérifier si la politique générale du groupe correspond aux divers contextes opérationnels comme aux cultures des différents pays. J'y vais au moins deux fois par mois. C'est l'occasion de motiver les équipes et de tirer vers le haut leur performance. Enfin, j'aime participer aux débats impactants pour l'avenir, surtout concernant l'évolution de l'image de marque et du choix des produits.

Quels sont vos principaux critères de recrutement ?

J'évite de regarder le background, les écoles fréquentées par le candidat. Le service RH est d'ailleurs bien qualifié à ce propos et s'occupe de la sélection. Je préfère mettre l'accent sur l'expérience et comment elle s'est déroulée. Pour les jeunes, il s'agit du choix des stages, du style de vie, de l'intérêt vis-à-vis de la fonction, sans oublier le comportement. Je veux des gens qui ont autant envie d'apporter quelque chose à l'entreprise que de rechercher ce que Renault peut leur apporter.


Chez soi ou au bureau, il faut être dans son rôle et pas ailleurs"

Comment définiriez-vous votre style de management ?
Il est difficile de définir soi-même son style de management. Mes équipes seraient plus à même de répondre à cette question. Néanmoins, j'essaie d'avoir un management le plus participatif possible, de respecter les autres et d'être à l'écoute. Et pour les prises de décision, je cherche à ce qu'elles soient les plus collégiales possible... mais jusqu'à une certaine limite. Il y a un moment où il faut trancher, même s'il y a des dommages collatéraux. Sinon, je suis assez exigeante, j'apprécie l'action. Dès qu'une décision est prise, on l'applique ! J'aime également que les gens soient assez exemplaires, mais c'est aussi dans la culture de l'entreprise.

Avez-vous l'impression que vos méthodes sont différentes de celles des hommes ?
Les femmes sont un peu plus pragmatiques ne serait-ce que parce qu'elles doivent gérer l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Cependant, j'observe aujourd'hui que de plus en plus de jeunes hommes y font également attention. Je pense aussi que par principe, les femmes tendent vers l'action. Elles perdent moins de temps et font moins de politique. Elles sont plus directes et ont un discours plus vrai. Mais les hommes aussi peuvent être comme ça. Il y en a beaucoup.

Vous avez trois enfants, aujourd'hui indépendants. Comment conciliez-vous vie privée et vie professionnelle ? Vous êtes-vous fixé des règles ?

Non, je n'ai pas de règle. Avec mon mari, dès le début nous avons construit notre équilibre à deux, avec les problèmes qui se sont présentés au fur et à mesure. Evidemment, lorsque nos enfants étaient petits, ce n'était pas simple, d'autant plus que je devais être totalement disponible pour mon travail et qu'il fallait absolument quelqu'un à la maison. Je pense qu'il ne faut pas se poser de question métaphysique lorsque vous mettez votre fille à la crèche. La première fois, c'est normal, mais si vous vous posez encore la question au bout de trois jours, c'est un problème. Enfin, je crois que la seule règle à suivre est d'être dans son rôle et pas ailleurs suivant que l'on se trouve chez soi ou au bureau. Il m'arrive bien sûr de travailler chez moi, mais j'essaie de le faire le moins possible.

Que fai
tes-vous pour décompresser ?
Dans ma famille nous avons plusieurs passions communes : la voile, les voyages et les grands espaces, la marche... et surtout, vivre de projets tout le temps ! Nous nous retrouvons un week-end par an en Provence. Nous y faisons notre propre huile d'olives. Enfin de compte, pour décompresser je fais souvent des activités en famille, en privilégiant l'authenticité.


J'apprécie certaines ruptures, celles qui font bouger les autres"

Selon vous, qu'est-ce qui fait un bon manager ou un bon dirigeant ?
Pour être franche [sourire], et j'espère ne pas vous vexer, cela m'amuse lorsque je vois des articles proposant "Dix critères pour un être un bon manager"... Selon moi, il faut rester soi-même et authentique. Quand on est jeune et fougueux, il est vrai qu'il faut parfois arrondir les angles. Autrement il s'agit être tourné vers la gestion de l'autre. Un collaborateur qui a vu se multiplier les problèmes difficiles à résoudre, et qui a travaillé sur lui-même et avec les autres, devient très bon. Enfin, il n'y a rien de pire que de ne pas dire la vérité à quelqu'un, même si c'est dur. Dire la vérité est nécessaire pour amorcer le changement et offrir un retour constructif. Il faut être courageux et entreprendre.

Y a-t-il des personnalités ou des patrons que vous admirez ?
J'apprécie certaines ruptures, celles qui font bouger les autres, comme en politique bien que celle-ci ne me passionne pas trop. Je me souviens par exemple de l'extraordinaire pas en avant de Simone Veil qui, en son temps, a eu le courage de faire face à une Assemblée Nationale très conservatrice composée majoritairement d'hommes. Sinon, j'admire les gens qui font changer les entreprises, comme par exemple John Galliano chez Dior. Je pense également à quelques patrons ou managers qui ont permis à Renault de changer de dimension.

Parcours

1er janvier 2005 : Marie-Christine Caubet est nommée Directeur commercial
2000 : Directrice commerciale France et membre du Comité de direction de Renault
1997 : Directrice de RFA ( Renault France Automobiles)
1993 : Directrice du marketing France
1990 : Directrice régionale de la couronne Ile-de-France
1988 : Directrice régionale de succursales
1985 : Nommée directrice de la succursale de Mantes
1973 : Analyste financière chez Renault
Formation : Institut d’études politiques d'Aix et Provence et Cedep (Insead par la formation continue)


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